Les lunettes de Delphine Jubillar

Les lunettes de Delphine Jubillar constituent l'un des principaux éléments matériels évoqués dans le dossier. Leur état de dégradation, leur localisation au domicile et les expertises réalisées ont conduit les enquêteurs et les magistrats à s'y intéresser particulièrement.
Découverte des lunettes
Les différents éléments composant les lunettes ont été retrouvés à plusieurs endroits du domicile.
Le 16 décembre 2020, la monture ainsi que le verre droit sont découverts sur le bar de la cuisine.
Une branche manquante n'est retrouvée que plusieurs semaines plus tard, le 6 janvier 2021, derrière le canapé, coincée entre le mur et le meuble.
Cette découverte tardive jouera un rôle important dans les débats judiciaires.
État des lunettes
Les expertises mettent en évidence une dégradation importante de la monture.
- Charnière gauche rompue.
- Cercle droit maintenant le verre brisé.
- Verre droit fortement rayé.
- Verre gauche entaillé.
Selon les experts, la paire était devenue totalement inutilisable.
Les analyses biologiques
Les examens réalisés sur les lunettes ont permis d'identifier uniquement les ADN de Delphine Jubillar et de Cédric Jubillar.
Aucune trace biologique appartenant à un tiers n'a été détectée.
Les tests effectués au Bluestar n'ont révélé aucune trace de sang.
L'expertise de la DGA
Les essais réalisés sur des montures similaires ont montré qu'une énergie importante était nécessaire pour reproduire les dommages observés.
L'expert estime qu'un effort dynamique est à l'origine des dégradations.
Les dommages observés ne sont pas compatibles avec une simple chute au sol ou une manipulation par un jeune enfant.
Une expertise a été confiée à un spécialiste de la Direction générale de l'armement afin d'évaluer la force nécessaire pour provoquer les dégâts observés.
Les essais réalisés sur une monture identique concluent qu'un effort dynamique d'au moins 83 joules est nécessaire pour reproduire les cassures constatées.
Selon l'expert, cette énergie est compatible avec :
- un coup de poing ;
- un coup de pied ;
- la projection d'un objet lourd.
En revanche, l'expertise considère qu'une simple chute au sol, le fait de marcher accidentellement sur les lunettes ou l'action d'un enfant ne permettent pas d'expliquer les dommages observés.
Les conclusions de cette expertise ont toutefois été discutées lors des débats judiciaires. La défense a notamment souligné que les tests avaient été réalisés sur une monture de référence et non sur les lunettes originales de Delphine Jubillar.
Les témoignages concernant le port des lunettes
Plusieurs témoignages abordent la question du port des lunettes le soir du 15 décembre 2020.
Louis Jubillar a indiqué de manière constante que sa mère portait ses lunettes alors qu'ils regardaient la télévision.
Des collègues de Delphine ont également déclaré qu'elle utilisait régulièrement cette paire lorsqu'elle travaillait de nuit et qu'elle ne présentait pas cet état de dégradation avant sa disparition.
Lors du procès, plusieurs proches et collègues ont indiqué ne pas avoir souvenir d'avoir vu Delphine porter des lunettes endommagées avant sa disparition. Ces témoignages ont été utilisés pour discuter de l'ancienneté des dégradations observées sur la monture.
Cédric Jubillar affirme pour sa part que les lunettes étaient déjà cassées auparavant, qu'elles avaient été réparées avec de la colle et que Delphine utilisait souvent des lentilles de contact.
Il déclare ne pas savoir si elle portait effectivement ses lunettes le soir de sa disparition.
La lecture de l'accusation
Pour l'accusation, les lunettes constituent un élément matériel particulièrement important.
Leur état de dégradation et la découverte de la branche derrière le canapé sont considérés comme compatibles avec un épisode de violence survenu dans le salon.
Les magistrats et l'avocat général ont parfois qualifié les lunettes de « deuxième caméra » du dossier, estimant qu'elles corroborent certains éléments du récit fourni par Louis Jubillar.
Les arguments de la défense
La défense conteste la portée probante de cet élément.
Elle souligne notamment que l'expertise a été réalisée sur une monture neuve et non sur les lunettes réellement portées par Delphine Jubillar.
Selon la défense, l'état antérieur de la monture pourrait avoir influencé sa résistance.
Elle insiste également sur l'absence de sang et sur le fait que cet élément matériel, pris isolément, ne permet pas d'établir l'existence d'un homicide.
À retenir
- Les lunettes ont été retrouvées en plusieurs morceaux dans le domicile.
- Une branche n'a été découverte que plusieurs semaines après la disparition.
- Une expertise estime qu'un effort dynamique important est nécessaire pour provoquer les dégâts observés.
- Aucune trace de sang n'a été détectée.
- L'interprétation de cet élément reste fortement débattue entre accusation et défense.
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